Formation DDA obligatoire : ce que la loi vous demande chaque année
L'article L. 511-2 du code des assurances impose une formation professionnelle continue aux intermédiaires d'assurance et à leur personnel. L'article R. 512-13-1 en fixe le plancher : quinze heures par an, chaque année, sans report d'une année sur l'autre.
Trois textes, et ce que dit chacun
L'obligation vient de la directive européenne sur la distribution d'assurances, transposée en droit français et appliquée depuis le 23 février 2019. Elle tient dans trois articles du code des assurances, qui ne disent pas la même chose.
Le II de l'article L. 511-2 pose le principe : les intermédiaires et le personnel qui exerce les activités de distribution suivent une formation et un développement professionnels continus, et doivent être en mesure d'en justifier par tout moyen. L'article R. 512-13-1 en fixe le volume, au moins quinze heures par an, et la forme : en présentiel ou à distance, en une ou plusieurs séquences, consécutives ou non. L'article A. 512-8, enfin, dit ce qui compte : la liste des compétences éligibles, et l'exigence que la formation soit adaptée à votre activité.
Une réponse à un contrôle qui ne s'appuie que sur l'un des trois reste incomplète. Quinze heures sans rapport avec les produits que vous distribuez ne satisfont pas l'article A. 512-8, et quinze heures réellement suivies mais sans pièce ne satisfont pas l'article L. 511-2.
Qui doit ses quinze heures
Toute personne inscrite au registre unique tenu par l'ORIAS, dans l'une des quatre catégories de l'article R. 511-2 : courtier, agent général, mandataire d'assurance, mandataire d'intermédiaire d'assurance. Le plancher est le même pour les quatre.
Le personnel qui distribue ensuite, qu'il soit ou non inscrit au registre en son nom propre : une chargée de clientèle salariée d'un cabinet de courtage, un collaborateur d'agence générale, un téléconseiller qui présente des contrats. Leur obligation est individuelle. Un cabinet de six personnes qui distribuent doit pouvoir présenter six lignes, et l'oubli le plus fréquent consiste à ne compter que les heures du dirigeant.
Deux cas se traitent à part, et les questions en bas de page les détaillent : le personnel qui ne fait que de la gestion de contrats, et l'intermédiaire à titre accessoire.
Chaque année, sans report ni rattrapage
Quinze heures est un plancher annuel, pas un plafond ni une moyenne. Trente heures suivies une année ne couvrent pas l'année suivante, et une année incomplète ne se rattrape pas l'année d'après. C'est la différence avec d'autres obligations professionnelles, qui se comptent sur un cycle de trois ans.
Le texte ne prévoit qu'un mécanisme d'imputation, au III de l'article R. 512-13-1 : les heures suivies dans le cadre d'une certification inscrite en catégorie A à l'inventaire peuvent être retenues, en tout ou partie.
En pratique, une obligation renvoyée à décembre est une obligation qui se manque. Les séquences pouvant être non consécutives, rien n'oblige à bloquer deux journées : fixer l'échéance tôt dans l'année suffit.
Ce qui compte dans les quinze heures
L'article A. 512-8 distingue des compétences générales, qui couvrent l'environnement de la distribution, la relation client, la prévention et la conformité (protection des données, lutte contre le blanchiment) et les évolutions technologiques, puis des compétences par nature de produits, par mode de distribution et par fonction exercée.
Il ajoute une exigence transversale : la formation doit être adaptée à la nature des produits distribués, aux modes de distribution utilisés et aux fonctions exercées. Aucune répartition horaire par thème n'est imposée, mais un courtier en assurance emprunteur qui ne suivrait que des heures d'assurance vie aurait du mal à démontrer cette adéquation.
Les formations produit d'une compagnie peuvent entrer dans le décompte, à deux conditions : leur durée doit être établie, et leur contenu doit relever des compétences éligibles. Ce qui manque le plus souvent n'est pas l'éligibilité du contenu, c'est la pièce qui en porte le volume horaire.
Qui vous demandera vos justificatifs
Pas l'ORIAS. Au renouvellement annuel de l'immatriculation, la liste des pièces exigibles est limitative et ne comprend aucun justificatif de formation continue. Vos attestations se conservent et se produisent ailleurs.
Un courtier, et le mandataire dont le mandat vient d'un courtier, adhèrent à une association professionnelle agréée. Chaque année, elle leur demande la liste nominative de leur personnel, avec le poste occupé, le nombre d'heures et les thèmes suivis, au titre de l'article R. 513-9. Les attestations et les fiches de poste, elles, se tiennent à disposition et ne s'envoient pas d'office.
Un agent général est exempté de cette adhésion. Personne ne lui réclame de liste au printemps, mais le plancher lui est opposable au même titre : il en répond devant sa compagnie mandante et devant l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Pour un mandataire lié, le contrôle de ses conditions d'exercice pèse d'abord sur l'entreprise d'assurance qui l'a immatriculé.
L'ACPR, enfin, contrôle tous les statuts, sur pièces ou sur place. Elle peut demander tous documents, quel qu'en soit le support, et c'est alors le dossier de preuve de chaque personne qui est examiné.
Ce que coûte un manquement
Aucune amende n'est attachée automatiquement au non-respect des quinze heures. Pour un courtier ou son mandataire, la conséquence passe par l'association agréée : elle peut retirer la qualité de membre à celui qui ne remplit plus les conditions de son adhésion, au titre du I de l'article L. 513-6, et notifier ce retrait à l'ORIAS, qui supprime alors l'inscription.
Devant l'ACPR, le manquement entre dans l'échelle de sanctions applicable aux intermédiaires, qui figure à l'article L. 612-41 du code monétaire et financier : de l'avertissement et du blâme jusqu'à la radiation du registre et à l'interdiction d'exercer l'intermédiation pour dix ans au plus, une sanction pécuniaire pouvant s'y ajouter.
Comment prouver vos heures
« Par tout moyen » est généreux sur la forme de la preuve, pas sur son existence : une formation suivie mais non documentée est, pour un contrôleur, une formation non suivie.
Quatre pièces couvrent l'essentiel. L'attestation nominative, qui porte le nom de l'organisme, la date, la durée, les modalités et les thèmes traités. Pour une formation à distance, le relevé de connexion horodaté, qui établit la durée réelle. La fiche de poste datée, sans laquelle l'adéquation entre la formation et la fonction ne se démontre pas. Et, pour un cabinet, le tableau nominatif de l'équipe, qui prépare la liste annuelle de l'association agréée.
Les questions qui reviennent.
- Qui est concerné par l'obligation de formation continue ?
- Les intermédiaires d'assurance personnes physiques, c'est-à-dire les courtiers, les agents généraux, les mandataires d'assurance et les mandataires d'intermédiaires ; les dirigeants et mandataires sociaux des intermédiaires personnes morales, lorsqu'ils sont en contact direct avec la clientèle ou qu'ils encadrent habituellement des personnes qui le sont ; enfin le personnel des intermédiaires et des entreprises d'assurance qui exerce ces mêmes activités.
- Les personnes qui ne font que de la gestion de contrats sont-elles concernées ?
- Selon la position exprimée par l'ACPR dans sa revue de février 2019, les personnels qui exercent uniquement des activités de gestion de contrats sont exclus du champ de l'obligation. Ils peuvent suivre la formation à titre volontaire, et beaucoup de cabinets le font pour homogénéiser les pratiques de l'équipe.
- Et les intermédiaires à titre accessoire ?
- Le régime applicable fait l'objet de positions divergentes : l'ACPR les considère hors du champ de l'obligation de formation continue, tandis que la note de l'ORIAS sur le fonctionnement du registre unique évoque une obligation sans quantum horaire. En l'absence de disposition expresse, nous invitons ces intermédiaires à se rapprocher de leur mandant ou de leur conseil avant de s'inscrire.
- Que se passe-t-il si je n'ai pas fait mes quinze heures ?
- L'ORIAS ne demande aucun justificatif de formation continue au renouvellement annuel de l'immatriculation, la liste des pièces exigibles étant limitative. En revanche l'ACPR contrôle le respect de l'obligation, et les courtiers membres d'une association professionnelle agréée voient leurs quinze heures vérifiées chaque année par leur association. Une année manquante ne se rattrape pas l'année suivante.
- La formation à distance est-elle admise ?
- Oui, expressément. L'article R. 512-13-1, II du code des assurances prévoit des prestations en présentiel ou à distance, organisées en une ou plusieurs séquences, consécutives ou non. C'est exactement la forme de ce parcours : quinze heures à distance, que vous découpez comme vous l'entendez.
- L'ACPR agrée-t-elle cette formation ?
- Non, et aucune ne l'est : l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution ne valide ni les contenus, ni les organismes, ni les parcours de formation. Un organisme qui se prévaudrait d'un agrément de l'ACPR dirait faux. Ce qui s'atteste, c'est la certification Qualiopi de l'organisme et la construction du programme au regard des compétences de l'article A. 512-8 du code des assurances.
Pour aller plus loin.
- L'obligation de formation continue des intermédiaires d'assurance
- Ni report ni lissage : pourquoi les quinze heures recommencent chaque année
- Ce qui compte dans les quinze heures, et ce qui n'y compte pas
- Les sanctions applicables aux intermédiaires d'assurance
- Constituer son dossier de preuve de formation
Vos quinze heures de l'année, en ligne.
Onze heures de tronc commun et quatre heures de spécialité choisie selon les produits que vous distribuez, à suivre à votre rythme. L'attestation et le relevé de connexion horodaté sont les deux pièces que vous conservez.
Les quatre spécialités